Avec un taux d’équipement en smartphone supérieur à la moyenne nationale, le monde agricole est une des communautés socioprofessionnelles les plus connectées. Au-delà des technologies dédiées à la conduite d’exploitations, les agriculteurs ont fait des réseaux sociaux et des plates-formes participatives un terrain d’échanges et de pédagogie particulièrement actif.

Outre leurs propres contributions, les agriculteurs utilisent également les réseaux sociaux pour suivre les sujets en lien avec leurs activités : actualité du sucre et de la betterave, agenda politique, prises de position d’élus et décideurs engagés sur les questions agricoles…

Encouragée par les enjeux de performance agronomique et de transition écologique, la pénétration du numérique dans le monde agricole est loin d’être une nouveauté. Depuis plus de vingt ans, l’imagerie satellitaire, le guidage GPS, les outils de pilotage des cultures et, plus récemment, les capteurs, drones et autres robots sont devenus les partenaires d’un secteur fortement demandeur d’innovation. Si l’on estime que 80 % des exploitations agricoles françaises sont aujourd’hui connectées à Internet (contre 63 % en 2010 lors du dernier recensement), le plus surprenant réside dans le taux d’équipement en smartphone qui, avec 71 %, dépasse de loin celui du grand public (65 %).1 Et la proportion grimpe à 85 % chez les agriculteurs de moins de 35 ans. Loin des stéréotypes opposant tradition rurale et modernité urbaine, les agriculteurs sont bel et bien entrés dans l’ère du « Web 3.0 », à tel point que les plus férus d’outils numériques se sont eux-mêmes baptisés « ageekculteurs2 ».

Aujourd’hui, plus de deux agriculteurs sur trois utilisent au moins un média social. Outre les comptes que ces utilisateurs ouvrent pour accéder au réseau, le nombre total de pages Facebook, Twitter, YouTube et autres Instagram dédiées de près ou de loin à l’agriculture est impossible à évaluer autrement que par centaines. Quant à l’océan de contenus, il suffit par exemple d’entrer le mot-clé #agriculture sur Instagram pour en avoir une idée : pas moins de 2,9 millions de publications en Français y sont proposées. De même, il suffit de saisir « betterave sucrière » sur YouTube pour récolter une liste inépuisable de vidéos. Bien qu’une partie de ces contenus soient mis en ligne par des institutions (ministère de l’Agriculture, Chambres d’agriculture…), des organisations professionnelles (associations, coopératives…) et des entreprises du secteur, la plupart proviennent d’initiatives personnelles.

Les Twittos sont dans le pré

« En effet, les agriculteurs ont à cœur de partager le plus largement possible et avec le plus d’authenticité possible les moments forts et les réalités de leur vie professionnelle, confirme Denis Fumery, agriculteur dans le Val d’Oise. Le numérique leur permet d’ouvrir les portes de leurs exploitations, d’expliquer leurs pratiques… Autrement dit, de remplir l’espace entre la fourche et la fourchette pour mieux promouvoir l’agriculture et se rapprocher du grand public ainsi que d’interlocuteurs ciblés : élus, décideurs, journalistes… » Comme le note un autre agriculteur francilien, Guillaume Vanthuyne, « l’intérêt pour le monde agricole que le Salon international de l’agriculture met en lumière à chaque édition se prolonge désormais toute l’année à travers les médias sociaux. Et cela, grâce à l’activité intense que de nombreux agriculteurs y consacrent. Ainsi, mon usage du numérique est à 99 % professionnel. En tant qu’agriculteur et membre d’organisations professionnelles à vocation agricole, j’utilise Linkedin deux à trois fois par semaine et je me connecte à Twitter trois fois par jour, à heures régulières. »

Créée en 2017, l’association #FranceAgriTwittos réunit des agriculteurs et acteurs du secteur qui, à travers leurs messages, s’engagent au quotidien pour faire évoluer de manière positive l’image de la profession. Selon eux, Twitter est le support idéal pour faire passer des messages simples et concrets, pour relayer des informations d’actualité (revue de presse, articles de fond) et, surtout, pour rectifier de manière réactive les approximations et autres « fake news » qui se propagent sur les réseaux numériques. Avec 10 000 « followers », la fréquentation de leur compte Twitter montre que l’initiative répond à une réelle attente.

Suivie par 10 000 followers, la communauté des « Agritwittos » s’inscrit dans une démarche de communication positive sur l’agriculture d’aujourd’hui.

Tous des « prof-agri »

« La communication est devenue une composante à part entière de notre métier, un levier dans notre lutte contre l’agribashing, affirme Denis Fumery. Remplir l’assiette du citoyen ne suffit plus : désormais, nous devons l’informer, faire de la pédagogie sur notre métier et sur nos produits. C’est notamment le cas pour le sucre dont nous avons à cœur d’expliquer l’origine, la nature et les usages. Chacun d’entre nous doit endosser un rôle de « prof-agri » pour porter ces messages à nos amis, à nos voisins… et au-delà ! »

Un point de vue que partagent pleinement les professionnels de la communication, à l’image du directeur général de Cultures Sucre, Bertand du Cray, pour qui l’implication des agriculteurs communicants est un exemple pour tous les acteurs des filières agroalimentaires. « Au-delà des actions d’information menées par les organismes dédiés aux filières, nous sommes tous des ambassadeurs, à titre individuel, de notre filière et de notre produit, rappelle-t-il. Que nous soyons planteur, industriel ou profession utilisatrice, c’est une source de fierté que nous avons pour mission de partager avec notre entourage comme avec nos interlocuteurs professionnels. » Un réflexe quotidien et une dynamique positive que les réseaux numériques ont aujourd’hui la capacité d’amplifier de manière exponentielle.

Source : BVA-Terre-net Média, Étude Agrinautes 2018

1 BVA-Terre-net Média, Étude Agrinautes 2018
2 Néologisme formé avec le mot anglais geek (prononcer guik) qui qualifie les passionnés de technologie numérique.

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Grain de Sucre n°49