Et si on confinait les idées reçues (et fausses) sur le sucre ?

Et si on confinait les idées reçues (et fausses) sur le sucre ?

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17 décembre 2020

Le docteur Christian Recchia s’est intéressé au sucre samedi 12 décembre sur RMC et a donné ses conseils santé : « Hyper-addictif, mauvais pour la santé… Comment évincer le sucre de son alimentation? ». Au programme : un titre choc, un cocktail d’idées reçues sur le sucre et des extrêmes de consommation présentés comme généralités. Cela mérite que l’on revienne dessus. Heureusement, il ne s’agit finalement pas d’évincer purement et simplement le sucre, mais de préférer la consommation de produits sucrés à la fin des repas plutôt qu’en grignotage.


Le sucre est devenu le premier aliment addictif avant le tétrahydrocannabinol le tabac et l’alcool.

La question de l’addiction à l’alimentation,
qui relèverait d’un trouble d’usage d’un nutriment n’est à ce jour pas démontrée chez l’Homme.

Le cannabis, le tabac et l’alcool, il y a sans doute mieux comme « aliments »… Mais passons ! Le côté addictif du sucre, cela mérite discussion et non pas affirmation péremptoire.

S’il existe sans aucun doute des comportements alimentaires qui s’apparentent à une addiction véritable chez certaines personnes, le mécanisme qui en serait à l’origine ne fait pas consensus dans la sphère scientifique et médicale [1].

En effet, la question de l’addiction à l’alimentation, qui relèverait d’un trouble d’usage d’un nutriment (sucre, gras, sel par exemple) ou d’un aliment (chocolat, gâteaux, chips…) n’est à ce jour pas démontrée chez l’Homme.

Les experts s’orientent plutôt vers la notion d’addiction comportementale à l’alimentation : manger pour se réconforter, manger avec excès avec une période de privation importante, manger sans tenir compte des signaux de satiété ni du plaisir gustatif des aliments … Et cette différence a toute son importance, car la prise en charge n’est pas la même si on considère qu’il s’agit d’une addiction à une substance ou d’un trouble du comportement.

Selon les études, cela concernerait de 5 à 15% en population générale et de 20 à 30% chez les personnes obèses ; il ne s’agit donc pas d’une explication simple et définitive des « mauvais » comportements alimentaires ni de la prévalence élevée de l’obésité [2].


Dans les années 50, les enfants mangeaient l’équivalent d’un morceau de sucre par jour alors qu’aujourd’hui, ils consomment l’équivalent de 50 morceaux !

Il ne faut pas confondre sucre et glucides.

Les statistiques officielles de FranceAgrimer remontent à l’enfance du Dr Recchia et montrent clairement que les ventes de sucre n’ont depuis cette date que très peu bougé. Statistiquement, il y a ni augmentation ni diminution, avec des ventes de l’ordre de 30 kg de sucre/personne et par an.

La réalité de nos consommations de sucre (sucre ajouté à domicile et sucre consommé via les aliments « industriels ») est bien inférieure aux ventes, essentiellement pour des raisons de pertes et de gaspillages, et des utilisations non alimentaires. Selon les enquêtes de consommation alimentaire, nous consommons en moyenne 50 g de sucres ajoutés/j/personne (sucre de table, miel et sucre ou sirop de glucose ajoutés aux aliments )[3].

Alors d’où viennent les 50 morceaux de sucre avancés par le Dr Recchia, soit 250 g/j ? Toujours selon les enquêtes alimentaires, nous consommons 250 g de GLUCIDES/j/personne [4]. Le Dr Recchia semble bien avoir confondu le sucre avec tous les glucides (amidon [pain, pâte, riz…] et sucres), ce qui lui laisse penser à tort que la consommation a « explosé » depuis son enfance.


« Si vous voulez une glace, pas de problème mais vous prenez cette glace immédiatement après un repas ».

Vrai

Le seul point VRAI que nous avons retenu est celui-ci : il est important de limiter le grignotage entre les repas.

De temps en temps, on peut s’autoriser une douceur, mais pas entre chaque repas et encore moins comme cela est évoqué dans l’émission : « à 9h, à 10h, à 11h, à midi, à 16h, à 17h, à 18h… » ! .

Retrouvez notre TOP 5 des astuces pour réconcilier plaisir, équilibre et fait-maison.



[1] 2018, Fletcher PC, Kenny PJ. Food addiction: a valid concept? Neuropsychopharmacology, 43(13):2506-2513
[2] 2020, Brunault, Paul et al. The Modified Yale Food Addiction Scale 2.0: Validation Among Non-Clinical and Clinical French-Speaking Samples and Comparison With the Full Yale Food Addiction Scale 2.0., Frontiers in psychiatry (11) 480671
[3] CREDOC. Enquête CCAF 2016
[4] Enquête INCA3

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