Un nouveau venu

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XVIIIe siècle

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1747 : Andreas Sigismund Marggraf, chimiste berlinois, prouve que le sucre de betterave et le sucre de canne sont identiques. Pendant des siècles, il était resté méconnu même si, dès 1600, l’agronome français, Olivier de Serres, remarque que la « bette-rave », arrivée d’Italie depuis peu, donne en cuisant un jus « semblable au sirop de sucre ». Ce n’est qu’au XIXe que le sucre de betterave va connaître un réel essor.

1798 : Des débuts difficiles pour le sucre de betterave. Élève de Marggraf, Franz Karl Achard produit en premier le sucre de betterave. La première usine est créée en Silésie avec le soutien financier de Frédéric-Guillaume III, mais ce n’est pas un franc succès. Achard a réussi l’essentiel de l’extraction. Sa seule erreur : croire que la teneur en sucre de la betterave augmente avec le temps de stockage, alors que c’est le contraire. Résultat : la qualité du produit n’est pas bonne et la rentabilité très insuffisante.

XIXe siècle

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1806 : Plus de sucre de canne : Napoléon promulgue le décret connu sous le nom de “ blocus continental ” : après sa victoire à Trafalgar, l’Angleterre détient la maîtrise des mers et du commerce mondial. Cette domination maritime empêche les marchandises françaises de sortir et d’entrer dans les ports. Le sucre des Antilles commence à faire cruellement défaut. 

Le blocus napoléonien a pour objectif d’empêcher l’entrée de toute marchandise anglaise sur le continent, de ruiner l’Angleterre et d’assurer à la France la place de première puissance économique européenne… Le blocus fut un échec pour la France. Mais une aubaine pour la betterave, qui apparut comme un moyen de remplacer la canne à sucre.

Le rôle de Napoléon : Convaincu de l’intérêt de la betterave dans la production du sucre, Napoléon incite les agriculteurs à pratiquer cette culture et les industriels à améliorer les procédés en leur octroyant des aides financières ou des régimes fiscaux privilégiés. Dès lors, la France se mobilise pour extraire du sucre à partir de la betterave. Les mesures impériales font vite effet. 

1810 : L’intérêt pour la betterave revient en France sous l’impulsion de Chaptal, qui travaille dans la commission de l’Institut de France chargée de vérifier les expériences d’Achard. Cette commission informe Napoléon de l’intérêt que la France aurait à produire elle-même son sucre.

1812 : Benjamin Delessert présente à l’Empereur des pains de sucre parfaitement réussis. Il est le premier à réussir l’extraction en grande quantité. Napoléon s’enthousiasme et le décore : « Il détacha, dit-on, sa propre croix de la légion d’honneur, et l’épingla sur la poitrine du grand industriel, puis il le fit baron. »* Il délivre 500 licences de fabrication et ordonne la plantation de plusieurs milliers d’hectares de betterave sucrière. C’est parti pour la betterave… Les usines se multiplient et les avancées techniques entraînent une baisse rapide du prix de revient.

Fin de l’Empire :

Canne et betterave en concurrence. La fin de l’Empire permet le retour sur le continent du sucre de canne. Et met un temps en péril le développement de la betterave sucrière. Mais la récession ne va cependant pas durer. En 1828, la France compte 585 sucreries implantées dans 44 départements. En 1835, le Nord était déjà le haut lieu du sucre de betterave : il possédait à lui seul plus de 300 entreprises dont une cinquantaine en construction. »*Le gouvernement favorise la production via un régime fiscal très avantageux, mais cela n’est guère apprécié des producteurs des colonies. Leurs protestations contre ce régime de faveur conduisent le gouvernement à supprimer les exemptions fiscales en 1843. L’abolition de l’esclavage, au milieu du XIXe siècle, lui redonne un coup de pouce. Les sucreries se multiplient en Europe.

* Le Grand livre du sucre, A.Perrier-Robert, MP Bernardin, Editions Solar 1999

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