L’objectif de cette revue est de décrire l’histoire de la recherche sur l’addiction alimentaire. Le terme d’addiction est apparu en 1890 en référence au chocolat dans le Journal of Inebriety traitant les addictions. Par la suite, les propriétés addictives des aliments « stimulants » ont été évoquées dans ce même journal. Dans les années 1930 la surconsommation a été décrite comme une addiction par un des pionniers de la psychanalyse. C’est en 1956 qu’a été introduit le terme « d’addiction alimentaire » dans la littérature scientifique pour signifier « une adaptation spécifique à un ou plusieurs aliments couramment consommés auxquels une personne est très sensible et qui produit un ensemble de symptômes semblables à ceux d’autres processus addictifs ».

Les aliments cités à l’époque étaient bien différents de ceux mis en cause aujourd’hui : maïs, blé, café, lait, oeufs, pommes de terre. A la fin des années 50, le terme « addiction alimentaire » est largement utilisé, même si la question de sa justification vis-à-vis des drogues est soulevée. Dans les années 1980, l’anorexie mentale, l’obésité ou la boulimie sont étudiées comme des comportements addictifs, mais cette vision des troubles du comportement alimentaire a été par la suite vivement critiquée. Dans les années 90, le chocolat émerge comme aliment d’intérêt, dont la consommation est citée comme difficile à contrôler. De par sa composition riche en gras et en sucres, il est présenté comme une « substance hédonique idéale » et quelques études ont alors étudié les « choco-addicts ». Dans les années 2000, les chercheurs s’intéressent aux mécanismes neuronaux de l’obésité et de la surconsommation, en comparaison aux drogues, et repèrent ainsi le syndrome de déficience de la récompense chez les obèses, similaire à celui vu chez des consommateurs de drogues.

Les modèles de rongeurs ont permis d’étudier l’addiction alimentaire et d’observer des symptômes d’addiction, suggérant que la consommation de forts taux de sucres peut mener à des comportements addictifs. Récemment, les chercheurs ont essayé de définir et d’évaluer l’addiction alimentaire chez l’homme, en utilisant les critères du DSM ou l’échelle YFAS.

Back by Popular Demand: A Narrative Review on the History of Food Addiction Research. Meule A. Yale J Biol Med. 2015 Sep 3;88(3):295-302. Review. N680015

Auteur : Meule A

Documents supports :
Brève Nutrition n°68 - Juin 2017 - N68015