Deux chercheurs américains spécialisés en nutrition et en statistiques alertent la communauté scientifique sur les biais constatés dans les citations et la publication des résultats d’études évaluant les effets de certains comportements alimentaires sur l’obésité.

Une analyse quantitative a été menée sur 165 et 41 articles citant respectivement les études de James et d’Ebbeling, deux études portant sur la réduction de la consommation de boissons caloriques sucrées (BCS), comportant des résultats significatifs et non significatifs sur différents paramètres d’obésité. Pour chaque étude, une majorité d’articles (84,3  % et 66,7  %, respectivement), rapportaient les résultats avec un biais positif plus ou moins marqué, c’est-à-dire exagérant les effets bénéfiques d’une diminution des BCS sur l’obésité. Tandis que la première étude citée ne montrait pas de changement significatif sur une variable continue (l’indice de masse corporelle, IMC) mais seulement sur une variable dichotomique (le pourcentage d’enfants en surpoids et obèses), seuls 14 articles reprenaient ces résultats de manière exhaustive. Les autres articles soit ne citaient que le résultat significatif en faveur d’un effet des BSC (74 références), soit indiquaient un bénéfice sur un paramètre lié au poids sans le définir précisément (2 références), soit encore étaient factuellement incorrects en faveur d’un effet des BSC (21 références !). Un biais inverse n’était observé que dans 4 articles et 50 articles ne pouvaient être classés. Concernant la 2e étude, où une différence d’IMC n’était significative que dans le tiertile d’IMC supérieur à l’inclusion, seuls 33  % des articles décrivaient les résultats de manière complète et aucun ne présentait un biais négatif.

Aux biais de citations s’ajoutent les biais de publication, selon lesquels la probabilité d’une étude d’être publiée dépend de son résultat, les études statistiquement significatives ayant plus de chances d’être publiées. Ce serait surtout le cas dans le milieu académique, qui tendrait à ne pas publier ses résultats non significatifs concernant les effets des BSC sur la prédisposition à l’obésité comme ceux de l’allaitement sur sa prévention. Néanmoins, ce biais ne rend compte que de 33  % de la différence de force des corrélations adverses entre BSC et obésité dans les publications d’industriels vs académiques, les corrélations étant moins fortes dans les publications de sponsors industriels. Une autre source de distorsion de l’information provient des communiqués de presse institutionnels, parfois erronés, et sur lesquels les auteurs pourraient avoir une emprise. Enfin, un dernier biais est celui du choix des études incluses dans des revues : l’exemple pris est celui de l’inclusion d’une étude portant sur les apports en boissons et aliments sucrés dans une revue sur l’influence des BSC sur l’obésité.

Si une certaine méfiance était de mise envers les publications issues de l’industrie, cet article met en évidence l’existence de biais très importants dans la littérature et la communication académique ! En attendant un retour souhaité à plus de rigueur scientifique dans les citations des études par la littérature secondaire et dans leur présentation par les services de presse, mieux vaut se référer aux articles princeps pour avoir une idée exacte des effets de différents facteurs sur l’obésité. Les décisions en matière de santé publique en dépendent !


Editor’s note : the need for authors to have the spin stop with them

Commentary : White hat bias : examples of its presence in obesity research and a call for renewed commitment to faithfulness in research reporting. MB Cope, DB Allison – Editor’s note : RL Atkinson, I Macdonald.Int J of Obesity,  2010, 34 : 84-88 + p. 83

 

Auteur : MB Cope, DB Allison - Editor's note : RL Atkinson, I Macdonald

Documents supports :
Brèves nutrition N° 39 - AVRIL 2010 - N39001